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    Dossier: Bibliothèque

    Catalogue partiel de la première bibliothèque canadienne à Québec (1632-1800): quelques tendances de l'humanisme

    Marc Umba-di-Mambuku

    « L’Acfas est l’Association francophone pour le savoir. Cette année 2004 fut l’occasion de son 72e congrès. Il eut lieu à l’Uqàm. Il réunit, comme d’habitude, des chercheurs dans les disciplines suivantes : sciences de la vie et de la santé; lettres, arts et sciences sociales; éducation; domaine interdisciplinaire. Dans le domaine des lettres, arts et sciences humaines, où l’on compte neuf disciplines principales, quarante-cinq activités (colloques, ateliers et forums) ont été tenues. Parmi elles le colloque 338 : «Inventaire des imprimés anciens (XVe-XVIIIe siècle au Québec); travaux pour une histoire du livre, des collections et de la lecture [Colloque/atelier]». Il s’agit d’une enquête exploratoire sur les «imprimés anciens présents en sol québécois». C’est dans le cadre de ce colloque, qui a duré du 13 au 14 mai 2004 inclusivement, que la communication suivante fut faite. »

    « Introduction. Deux bibliothèques dans une

    En 1972, la Bibliothèque nationale du Canada participait à la célébration de l’Année internationale du livre par l’organisation d’une exposition sur la première bibliothèque canadienne, (1632-1800) ; elle honorait ainsi le souvenir de la bibliothèque de l’ancien Collège des Jésuites de Québec. Les 138 ouvrages retenus pour la circonstance provenaient de la collection d’environ 600 titres retrouvés alors - et dont les origines sont antérieures à celles du Harvard College. M. André Beaulieu, qui dressa alors un catalogue, a retenu 138 ouvrages pour les fins de l’exposition. Ces livres provenaient de divers endroits : du Séminaire de Québec, de chez les Religieuses de l’Hôpital général de Québec, de l’ancienne maison des jésuites de Québec à Sillery, du petit séminaire de Québec… Cette collection de 600 ouvrages provenant de la première bibliothèque canadienne indique que la bibliothèque du Collège des Jésuites à Québec remontant à 1635 fut sans doute la plus importante collection de la Nouvelle-France, notamment par la qualité des ouvrages et l’éventail des disciplines. Ses nombreux livres ont disparu graduellement de 1760 à 1800 par suite du pillage, des confiscations et de la distribution des livres aux institutions du pays par les jésuites demeurés à Québec jusqu’en 1800. En 1773, l’ordre religieux des jésuites est dissous par un décret du pape Clément XIV. Il est rétabli par Pie VII en 1814. Les jésuites reviennent au Québec le 31 mai 1842, à la demande de Mgr Ignace Bourget, évêque de Montréal.

    La Bibliothèque de théologie de la Compagnie de Jésus à Montréal a connu ses débuts à Trois-Rivières en 1882. En 1885, elle déménage au coin des rues Rachel et Papineau à Montréal, dans le nouveau Scholasticat, qui porte le nom de «Maison de l’Immaculée-Conception ». En 1968, elle est relogée au pavillon Lalemant du Collège Jean-de-Brébeuf. Depuis quelques semaines, c’est-à-dire depuis le 23 avril dernier, journée internationale du livre, la bibliothèque occupe les 3e, 4e et 5e étages de l’ancienne chapelle de style néo-classique du Collège Jean-de-Brébeuf. Depuis les années trente, la bibliothèque a pris une grande expansion. Elle compte aujourd’hui près de 200 000 ouvrages.


    1. L’ex-libris ou les marques des propriétaires

    A quoi reconnaît-on les livres ayant appartenu à la première bibliothèque canadienne ? La mention manuscrite “Missio Novi Franciae Societatis Iesu / Mission de la Nouvelle France de la Compagnie de Jésus” indique que tel livre a fait partie du tout premier lot de livres rassemblés à la Bibliothèque de Jésuites entre 1632 et 1635 par les Pères Lalemant et Paul le Jeune. Cette mention est certainement antérieure à 1672.

    Mais dans la plupart des livres on trouve aussi écrites à la main et à l’encre noire (généralement virant au brun avec le temps) les indications :

    - Collegium Quebecensis Societatis Iesu/ Collège de Québec de la Compagnie de Jésus;
    - Inscriptus in catalogo 1720,1721, 1744, 1745/ Inscrit au catalogue en 1720, 1721, 1744, 1745.
    - Assist. Gallicae Societatis Iesu/ Assistance de France de la Compagnie de Jésus
    - Ex libris Collegii Quebecensis Societatis Iesu/ de la Bibliothèque du Collège de Québec de la Compagnie de Jésus.


    2. Des chiffres et des lettres

    Des chercheurs ont tenté de reconstituer le catalogue de l’ancienne bibliothèque des Jésuites. 685 titres, puis 715, enfin 666 titres ont été identifiés en 1960 comme ayant fait partie de cette bibliothèque. Mais il est impossible encore aujourd’hui de savoir à combien d’ouvrages précisément s’élevait la totalité de la collection. L’intendant Dupuy, à lui seul, possédait 4000 livres ; les communautés religieuses en avaient sans doute plus. Tout ce qu’on peut dire, c’est que la Bibliothèque des Jésuites fut la plus importante et la plus variée quant aux matières couvertes.

    De ces 666 titres aujourd’hui dispersés dans plusieurs bibliothèques du Québec, 62 puis 66 titres ont été conservés à la Bibliothèque de la Compagnie de Jésus de Montréal. Aujourd’hui la collection de la première bibliothèque canadienne conservée à la Bibliothèque de la Compagnie de Jésus au Collège Jean-de-Brébeuf s’élève à 111 titres identifiables. Il faut inclure dans ce nombre quelques exemplaires fort endommagés ou incomplets. Ces 111 titres ne constituent pas 111 livres ou volumes distincts. Plusieurs d’entre eux sont reliés ensemble en un volume dont la taille est variable.

    Le plus bref document est une lettre de 3 pages :
    NAU, Lettre du Père Nau. / Des cachots de Maredin le 30. Janvier 1682”. (pp. 7-9). C’est la pièce n. 3 de : ANONYME, Miscellania. p. 7-9.

    Le plus volumineux document est celui reconnu sous le nom de :
    Trad. : Commentaires du Collège de Coïmbre de la Compagnie de Jésus…, Coloniae, Impensis Lazari Zetzneri, 1596, 548 p. + Index.
    16.5 x 22.5 cm.

    Le plus ancien titre remonte à 1545 :
    CICERO,
    Rhetoricorum ad C./ Herennium Libri Quatuor Marci Tullii Ciceronis. Parisiis, Apud Simonem Colinaeum, 1545. 218 ff. + table de “Variae lectiones”

    Mais dans la collection d’environ 6000 livres anciens de la Bibliothèque de la Compagnie de Jésus (1504-1800), le plus ancien remonte à 1504. C’est la :
    Summa angelica de casibus conscientiae per fratrem Angelus de Clavasio compillata...
    ANGELUS DE CLAVASIO, O.F.M.,
    Summa angelica de casibus conscientiae per fratrem Angelus de Clavasio compillata, maxima cum diligentia revisita et fideli studio emmendata sicut ipsum opus per se satis attestabitur. [traduction: Somme d’Angelus sur les cas de conscience rassemblée par frère Angelus de Clavasio, revue avec la plus grande attention et retouchée avec un goût certain, comme l’ouvrage l’atteste lui-même de manière satisfaisante], Imprimé par Georges Arivabene de Mantoue, (23 mai) 1504, 532 ff.-12 ff.- 8 ff. Non paginées au début.
    7 .5 x 12 cm


    3. Champs couverts par ces ouvrages

    Sur quoi portent-ils, ces 111 titres conservés dans 80 volumes à la Bibliothèque de la Compagnie de Jésus ? Il faut d’abord rappeler qu’une classification en neuf sujets a antérieurement été proposée par des chercheurs qui s’intéressent à la Bibliothèque des Jésuites: M. Antonio Drolet, M. Claude Parizeau, M. André Beaulieu, le Père Jésuite Paul-Émile Filion.

    Sur une collection de 622 titres établis en 1960, ces chercheurs ont identifié :

    317 ouvrages religieux ou de théologie,
    130 ouvrages de médecine,
    59 de sciences (mathématiques, physique, chimie)
    56 de belles-lettres,
    26 d’histoire et géographie, de relations, de voyages et récits d’explorateurs
    17 de droit et sciences politiques,
    9 de sciences dites appliquées (botanique, astronomie, navigation, …)
    4 de philosophie
    4 de vie pratique : arts et métiers ; aliments, agriculture, horticulture.

    Au Collège de Québec, dans le silence de leurs cellules, le P. Bonécamp préparait ses travaux d’hydrographie et ses études sur les voyages scientifiques ; le P. Bressani faisait d’importantes observations astronomiques ; le P. Laure levait sa carte depuis le Saguenay jusqu’au lac des Mistassini… Le P. Laffitau mettait ses herbiers en ordre et identifiait la précieuse plante du ginseng de Tartarie; le père Daniel est un chirurgien de grande réputation; les pères Lalemant, Brébeuf et Paul le Jeune écrivent les Relations; plus tard le P. De Charlevoix y rédige son Histoire et description générale de la Nouvelle France, Paris, 1744.

    DE CHARLEVOIX, s.j.,
    Histoire et description générale de la Nouvelle-France, avec le Journal historique d’un Voyage dans l’Amérique Septentrionale, Paris, chez Pierre-François Giffart, 1744, 3 vol.

    Les Jésuites sont missionnaires, professeurs, apothicaires, infirmiers, juristes … Leur bibliothèque était ouverte au public ; l’emprunt des volumes y était pratiqué, comme le rapportent les Relations des Jésuites. La grande majorité de ces titres proviennent des jésuites qui sont auteurs de ces livres et souvent les fournisseurs de l’ancienne bibliothèque. Sébastien Cramoisy, l’imprimeur de la Compagnie de Jésus en France, les approvisionne généreusement. Les jésuites de Québec travaillent dans la recherche, l’enseignement et les publications. Tous ces ouvrages sont publiés en Europe et arrivent ici par le grand réseau des collèges jésuites dispersés à travers le monde.

    J’ai, moi, regroupé les 111 titres identifiés en 6 sujets principaux :

    1. Théologie,
    2. Sciences,
    3. Belles-Lettres,
    4. Droit et sciences politiques,
    5. Histoire et géographie,
    6. Philosophie


    Voici une brève illustration de chacun de ces 6 sujets :


    3.1. Premier sujet : la théologie

    Elle est à l’époque (1632-1800) le point de départ de toute science. Elle comprend la Bible, des commentaires des Écritures saintes, des livres de spiritualité, des relations au sens de narration d’événements survenus en pays de missions, des lettres, des sermons de missionnaires. Tels sont :

    LESTRINGANT,
    Extrait d’une lettre du R. P. LESTRINGANT, Supérieur Général des Missions de la Compagnie de Jésus en Grèce./ De Constantinople le 26 d’Avril 1682”. (pp. 9-12) Cest la pièce n. 4 de : ANONYME, Miscellania. p. 9-12.

    ANONYME,
    Relation/ en forme / d’histoire, / de ce qvi s’est passè depvis / peu en orient, au sujet d’un Favx-Messie des / Iuifs nommé Sabbati Leui./ Avec les particularitez du lieu de sa naissance, de son génie, de ses / diuers/ Voyages, & des fourberies, dont il s’est seruy pour abuser / attirer à soy une infinité de Peuples, & amasser des Richesses/ prodigieuses; comme aussi sa prise par l’ordre du Grand-Seigneur, / & tout ce qui s’en est ensuiuy; Gardez-vous des Faux- Prophetes qui viennent à vous en / habits de brebis; mais par dedans sont des loups ravissans: vous les connoistez à leurs oeuvres. Matth. 7./ A Paris,/ Chez Iacqves De Larze-de-Bresche, Imprimeur & Marchand Libraire rue Saint Iacqves deuant les / Charniers de S. Benoist, àa l’Image de S. Ioseph/ & de sainct Ignace/ M.DC.LXVIII (1668), Avec permission.( 8 p.)

    ANONYME,
    Traduction: Lettre des pères de la Compagnie de Iesus, Mission-/naires de la Chine, à Nôtre Très-Saint Pere le Pape CLEMENT XI. Avec la De-/claration authentique de l’Empereur de Chine, touchant les Cérémonies chinoi-/ses./ Sur la Copie imprimée à Rome en Latin & en Italien./ A Liège, / Chez Daniel Moumal, Marchand Libraire proche/ l’Eglise de Saint Lambert./ M.DCCII (1702), 24 p. /

    Remarque : Cette lettre est signée “à Pékin le 2 décembre 1700” par 11 jésuites de différentes nationalités européennes. Elle témoigne des difficultés que les jésuites ont rencontrées à l’intérieur de l’Église même, dans leur désir d’inculturer la foi chrétienne aux moeurs chinoises. C’est la grande controverse sur les rites chinois.

    Autre exemple de récit de missionnaire :

    DE RHODES (Alexandre),
    Sommaire / des/ divers voyages, / et/ Missionnaires apostoliques, / Du R. P. Alexandre DE RHODES, / de la Compagnie de Iesvs, à la Chine, / & Autres Royaumes de l’Orient, avec/ son retour de la Chine à Rome./ Depuis l’Année 1618, jusques à / l’année 1653. A Paris, chez Florentin Lambert, rue Saint Jacques devant Saint Yves, à l’image Saint Paul. M.DCLIII (1653),
    905 x 15 cm

    Remarque : Il s’agit d’un livre sur les voyages de missionnaires. Ils furent utiles pour faire connaître en Europe les peuples, les climats, les moeurs et la culture des pays qu’ils parcouraient.
    Un dernier exemple, en théologie – et non le moins important ici :

    IGNACE DE LOYOLA,
    Les vrais/ exercices/ spirituels dv B.P./ S. Ignace de Loyola,/ Fond. De l’Ordre de la Compagnie de Iesvs, / Suivant qu’ils sont ordinairement/ donnez par les RR. PP. De la / mesme Compagnie./ Ensemble la Guide ou Directoire pour ceux/ qui font faire lesdits Exercices./ Edition IV. Corrigée & augmentée. A Paris, chez Sébasien Hvre, rue S. Iacques, au Coeur-bon, M.DC.XXXIII (=1633) Avec Privilege, Approbation. xxxviii-575 p. + table des chapitres.
    6 x 11.5 cm.

    Les Exercices spirituels (1522-1548). Le texte autographe est en espagnol et le texte officiel en latin. On dit ce livre a-littéraire, “curieux”, “laborieux”... C’est que les Exercices spirituels ne sont ni un écrit mystique ni un écrit didactique. Il ne sont pas à lire mais à faire. Il s’agit d’un livre-outil. Le directeur ou accompagnateur de cette forme de retraite l’utilise pour entraîner le retraitant à l’“élection”, c’est-à-dire à un état d’indifférence personnelle, de perméabilité, qui permet de coïncider avec la volonté de Dieu. Cette technique d’oraison par laquelle sont passés bien des maîtres spirituels et pour laquelle ils ont été entraînés, formés, repose sur la nécessité de la médiation d’un tiers (le directeur spirituel) guidant le geste et la parole de l’exercitant, du retraitant. Les Exercices spirituels sont un livre du maître, qui s’adresse par écrit à celui qui donne oralement les Exercices à quelqu’un qui les fait. Cette attention à maintenir les procédures d’une rencontre orale, tout en les associant à l’utilisation de l’écrit, marquera aussi les pratiques éducatives des jésuites.


    3.2. Deuxième sujet: les livres de sciences

    Ces sciences comprennent la médecine, l’hydrographie, l’architecture, les mathématiques, etc.

    Quelques illustrations en médecine :

    Maistre Jean RAOUL, chirurgien,
    Les / fleurs / du grand/ guidon/ c’est-a-dire, / les Sentences principales/ de certains chapitres dudit/ Guidon./ Par Maistre Jean Raoul, / Chirurgien. A Roven, De l’Imprimerie de L. Cabut, rue/ Ganterie, dans la Cour du Fer a Che.(val),/ M.DC .LXXI (LXXI [1671.] 141 p.
    8.5 x 14.5 cm.

    HIPOCRATE,
    Les aphorismes / d’Hipocrates, / avec le commentaire / de Galien sur le premier Livre/ Traduit de Grec en François, par M. J. Breche,/ Avec Annotation (…) par ledit/ Breche./ Ensemble les Aphorismes de J. Damascene Me/decin Arabe, & un Epitome sur les trois li/vres des Temperamens de Galien./ Derniere Edition, revue & corrigée./ A Roven,/ De l’Imprimerie de Louis Cabut, rue/ Ganterie, dans la Cour de Fer a Cheval/ M.DC.LXXI [1671.]. ii-571 p. – 141 p.
    Autres exemples de livres de mathématiques :

    STEVIN (Simon),
    La pratiqve/ d’arithmetiqve/ de Simon Stevin/ de Bruges. / ou Un liure particulier de la Pratique d’Arithmetique,/ contenant entre autres, Les Tables d’Interest, la Disme;/Et vn traicté des Incommensurables grandeurs : /Auec l’Explication du Dixiesme Liure d’Euclide./ A Leyde, /En l’imprimerie de Christophe Plantin./ [1585 écrit en chiffres romains anciens.]. 203 p. + tables.
    10.5 x 17 cm.
    Remarque : Comme l’indique le titre détaillé, ce livre est relié à :

    STEVIN (Simon),
    L’arithmetiqve/ de Simon Stevin/ de Bruges : Contenant les computations des nombres/ Arithmetiques ou vulgaires:/ Aussi l’Algebre, auec les equations de cinq quantitez./ Ensemble les quatre premiers liures d’Algebre/ de Diophante d’Alexandrie, maintenant pre-/mierement traduicts en François./ A Leyde, /De l’Imprimerie de Christophle Plantin./ [1585 écrit en chiffres romains anciens.]. xvi-642 p. + tables + 203 p. + tables.

    FRANÇOIS (Jean), s.j.,
    L’arithmetiqve / et la geométrie pratiqve, c’est-a-dire/ l’Art de Compter toute sorte de nombres, / avec/ la plvme et les Iettons et l’Art de mesure tant de loing que de prés toute sorte de / Lignes, de Surfaces, & de Corps: Et particulierement/d’Arpenter les Terres, & d’en contretirer les Plans. /Et ensuite de / Faire des Cartes Geographiques des Dioceses, Provinces, / Royaumes, &c., Cartes Hydrographiques des Mers, Rivieres, /Lacs, Estangs, &c. Cartes Topographiques des Villes, Bourgs,/Chateaux, Forests, Parcs, Prez, Champs, Iardins, &t./ Par le P. Iean FRANÇOIS, de la Compagnie/de Iesvs./[trad.],A Rennes, Chez Pierre Hallavdays, Imprimeur & Libraire,/rue Saint Germain, a la Bible d’Or./M.DC.LVII (1657). 24 p.
    16.5 x 20 cm.

    BOISSAYE DU BOCAGE (dit le fils),
    Explication / et usage/ d’une partie du / cercle / Universel./ De ses tables et échelles./ Necessaire à tous Pilotes & utile à toutes / sortes/ de personnes. / Par le Sieur Boissaye du Bocage le fils, du Havre de Grace (Le Hâvre). Chez Jacques Gruchet, Imprimeur & Libraire de Monseigneur le Duc de S. Aigan & de la Ville. M.DC. LXXXIII (=1683), Avec Privilege du Roy. vi-144 p.
    9 x 14 cm.


    3.3. Troisième sujet: les Belles- lettres

    Elles incluent les auteurs classiques latins et grecs ; tels sont Tacite, l’historiographe, Cicéron, l’orateur, Pline l’Ancien, l’encyclopédiste, et Sénèque, le philosophe.
    Deux exemples de titres :

    COMENIUS (Jan Amos Komensky, dit Comenius), (traduction= Porte d’or des quatre langues ouverte)...

    COMENIUS (Jan Amos Komensky, dit Comenius),
    I.A. Comenii/ Ianva avrea reserta/ quatuor lingvarvm
    /sive compendiosa methodus / Latinam, Germanicam, Gallicam & Italicam/ Linguam periscendi, sub Titulis centum, Pe-/riodis mille comprhensa, & Vocabulis / bis mille ad minimu acuta;/ Cum quadriplici Indice, /A/ Nathanaele Dhvez, / in Idioma Gallicvm & Italicum traducta, Lugdvni. Batavorum (Leyde), Ex Officine Elzeviriorum, 1640 (en anciens chiffres romains), Cum privilegio.
    xxii-321 p. + 4 index.
    9.5 x 15 cm.

    En 1631, Coménius publie sa porte ouverte des langues (Ianva avrea reserta/ quatuor lingvarvm), méthode nouvelle pour une étude rapide et facile de langues. Cette oeuvre fut traduite en douze langues européennes et plusieurs langues orientales; la première traduciton française date de 1642. ]

    JOUVANCY (Joseph de),
    Christianis/ litterarum/ Magistris/ De Ratione/ discendi et docendi/. Parisiis, M.DC.XCII (1692), Cum permissu. 130 p. + Index + Epistola.
    11.5 x 18.5 cm.

    Traduit en français sous le titre De la manière d’apprendre et d’enseigner aux étudiants du Maître des lettres (ou, autre traduction: Exercice de la classe comme exercice spirituel), le Ratio du Père Jouvancy se divise en deux grandes parties : la manière d’apprendre (Ratio discendi), la manière d’enseigner (Ratio docendi). Il s’adresse au jeune homme qui, aspirant à l’état religieux au sein de la Compagnie de Jésus, accomplit ses années de “régence” – soit 3 ou 4 années obligatoires consacrées à l’enseignement dans les collèges des jésuites – avant de poursuivre le cours de sa formation théologique et de prononcer ses voeux définitifs.

    Ce Ratio doit se lire comme une méthode qui requiert l’engagement du jeune régent, sous la conduite d’un directeur, dans une double perspective de formation intellectuelle et d’éducation morale. Apprendre et enseigner sont deux activités qui se trouvent ainsi associées par un même zèle de conversion. Jouvancy fait observer qu’avant de transmettre un savoir, il faut susciter chez l’élève le désir d’apprendre (Ratio II, II).

    Le latin est considéré comme la clé de l’érudition. L’objectif de la lecture est la compostion. La formation littéraire doit être complétée par les “sciences”. En deux mots, un maître chrétien doit enseigner deux choses : la piété et les belles-lettres. Comme pour les Exercices spirituels, il s’agit ici aussi d’une parole réglée en vue d’éduquer la volonté des jeunes. Cette éducation de la volonté se fera selon deux moyens : la louange et le blâme qui “entretiennent l’émulation [et] aiguisent l’intelligence des enfants”.


    3.4. Quatrième sujet : le Droit et les sciences politiques

    Sous la monarchie française, les relations entre le Monarque et ses sujets ne permettent pas toujours de clairement distinguer les limites entre droit civil, théologie morale, sciences politiques et droit canonique. Deux titres pour illustrer ce flou. Le premier exemple est :

    LOUIS (Roi de France en 1692),
    Lettre/ du Roy, / A Monseigneur l’Archevesque / Duc de Reims, / Pour faire chanter le Te Deum, en son Eglise Metropo/litaine en action de graces du grand avantage que l’Infanterie de l’Armée du Roy a remporté, sur celle de ses Ennemis, au Combat de Steenkerque le troisiéme jour d’Aoust 1692./ A Reims, chez Nicolas Pottier, Imprimeur ordinaire de Monseigneur l’Archevêque, vis-à-vis S. Estienne la Paroisse, àa l’enseigne du Lion. Avec Privilege. 4 p.

    Remarque : À la fin de la lettre est la mention : “Ecrit à Versailles le dixième Aoust 1692. Signé, LOUIS. Et plus bas, COLBERT”. “Et au dos est écrit: “ A mon Cousin l’Archevêque Du Duc de Reims, premier Pair de France, Commandeur de mes Ordres”. Cest la pièce n.12 de : ANONYME, Miscellania.

    Le second exemple est :

    D’ORLÉANS (LOYS),
    Les ouvertures des parlements / Ausquelles sont adjoutees cinq Remonstrances,/ autrefois faictes en icelles, Paris, Chez Guillaume Des-Rues, 1607, 588-2 p.
    24 x 16 cm.

    Loys d’Orléans ou Louis Dorléans est un poète, jurisconsulte, écrivain satirique français et l’un des plus violents ligueurs. Il vécut entre 1542 et 1629. Au moment de sa parution en 1607, l’ouvrage sur les Ouvertures des Parlements auxquelles sont ajoutées cinq remonstrances… est un livre de droit qui décrit le pouvoir royal en sa dimension législative, car à l’époque, le pouvoir royal est compris comme source du droit et de la justice pour les sujets. Cet ouvrage décrit également la royauté française dans ses relations avec une très ancienne et très haute cour de justice, laquelle avait pour fonction d’enregistrer les actes législatifs, édits et ordonnances du roi, de manière à leur donner force de loi et de les rendre applicables sur l’ensemble du territoire royal. Trois notions importantes pour comprendre ce livre : les ouvertures, les parlements et les remontrances.

    Cet ouvrage de Loys d’Orléans présente une cérémonie juridique ancienne. Cet usage des juristes est également connu sous le nom de messe rouge des juristes. A ces séances du parlement, l’auteur a ajouté cinq réponses du Parlement aux ordonnances royales ; ce sont les remontrances.

    Remarque : La Sainte ligue ou Sainte Union ou Ligue est un mouvement religieux et politique catholique (1576-1594) qui eut pour centre Paris et pour principal animateur Henri Ier, duc de Guise. Le meurtre des Guises à Blois (1588) déclencha la rébellion ouverte contre Henri III, tandis que Paris se donnait un gouvernement révolutionnaire (le Conseil des Seize) appuyé par les grandes villes de France. Mais l’assassinat d’Henri III (1589) divisa la ligue. Paris ouvrit ses portes à Henri IV en 1594 et les chefs ligueurs de province se soumirent l’un après l’autre (1594-1598).


    3.5. Cinquième sujet : l’Histoire et la géographie

    Deux illustrations, l’une en chronologie, et l’autre en géographie.

    Le premier exemple est un livre du père jésuite Jean François. Il s’agit d’un livre de chronologie; celle-ci est la science qui vise à établir les dates des faits historiques.

    FRANÇOIS (Jean), s.j.,
    La/ chronologie/ divisée en qvatre/ parties, qui contiennent, / La Science des Temps par le dénombrement des diverses Periodes./ l’Art des mesmes par la des par la description & pratique des Qua/drans démonstratifs des Temp./ La Science, & l’Art (sic) des communications Celestes sur le Globe Terrestre Naturel, par celles que reçcoit le Glo-/be Terrestre Artificiel, bien diuisé & situé./ Par le P. Ien Françcois de la / Compagnie de Iesvs.
    A Rennes,/ Chez P. Hallavdays, Inprimeur & Libraire, / rue S. S. Germain, , a la Bible d’Or/ M.DC.LV (1655). iv-230 p.
    15.5 x 20 cm.

    Le second exemple est de :

    LEONAR (Guillaume),
    Geographia/ nova/ versibus technicis/ et historicis/ explicata./A.G.L.B.C.R./Parisiis, / Apud Gasparem Metvras, Ad insigne Trinitatis, propè Ma-/thurinenses, viâ Iacobaeâ./ Et apud Gviliemvm Bernard, è regione Collegij Claromontani, viâ eâdem./ M.DC.LV (1655). Cvm Privilegio Regis/ ii-168 p.
    8 x 13 cm.

    Remarque : C’est un ouvrage bilingue dont les textes latin et français sont en regard. La Geographia nova versibus technicis et historicis explicata fut publiée par le P. Léonard, professeur de rhétorique et neveu du célèbre P. Petau, un autre auteur et professeur de rhétorique. C’est une Géographie nouvelle expliquée en vers mnémotechniques et historiques.
    L’auteur écrit dans sa préface : “On a enfermé dans ces vers pour chaque région les noms des villes, mais aussi ceux des îles, montagnes, fleuves... Avant de confier à la mémoire, il faut repérer sur la carte les noms désignés ; ne pas l’écraser en voulant les apprendre tous à la fois, mais à petits coups, une douzaine au maximum et lorsqu’on a achevé, se rafraîchir la mémoire par une révision. Lorsqu’on est seul dans sa chambre, au jardin ou par la campagne, on peut se promener relisant en sa mémoire ces vers géographiques ou bien repassant par l’imagination leur situation sur la carte”.


    3.6. Sixième sujet : la philosophie

    Un seul exemple, un livre de philosophie des sciences.

    FONSECA (PEDRO DE), S.J., et alii,
    [Traduction] Commentaires du Collège de Coïmbre de la Compagnie de Jésus, sur les 8 livres des « Physiques » d’Aristote le Stagirite, Première Partie. Il comprend maintenant le texte grec d’Aristote, sur la colonne opposée le texte latin correspondant, avec des augmentations éditées à l’usage des étudiants de philosophie en Allemagne. A cela vient s’ajouter aussi une table de thèmes, qui sont discutés de façon pénétrante dans cette première partie de l’œuvre.
    Avec la Grâce et le Privilège de Sa Majesté César], Coloniae, Sumptibus Lazari Zetzneri, [traduction: Cologne, Assumé par Lazari Zetzneri], 1602, 542 p. + Index.
    16.5 x 22.5 cm.

    Ce sont des commentaires sur différentes œuvres d’Aristote; notamment sur le De Caelo (Du Ciel) et les Meteorologica (Les Météorologiques). Ils furent publiés par des jésuites professeurs de l’Université ou collège jésuite de Coimbre ; ce sont les neuf (9) gros volumes de près de 500 pages chacun, qui constituent les Commentarii Collegii Conimbricensis societate Jesu ; parmi eux on trouve les commentaires sur les quatre livres du Ciel et les livres des Météorologiques d’Aristote (1592); ils sont connus et cités sous le nom de Coimbicenses ou Conimbricenses, c’est-à-dire la Collection du Collège de Coïmbre, au Portugal. Composés sur ordre du préposé général de la Compagnie de Jésus, le P. François de Borgia, afin que chaque maître ne rédige pas «des inventions sorties de sa tête», les Coimbicenses furent suivis dans plusieurs collèges et universités d’Europe, au moins comme guides.

    Ces commentaires de Coïmbre connurent au moins une dizaine d’éditions de 1592 à 1608. Ils furent utilisés dans les collèges et universités à Paris, à Vienne, en Espagne, etc. Six de ces neuf volumes ont pu être conservés à la bibliothèque de la Compagnie de Jésus de Montréal.


    Remarque finale

    Il m’est impossible de conclure : la variété, la richesse, la qualité et le contenu de ces ouvrages sont impressionnants. Ils posent aussi des problèmes de taille.

    Aussi reprendrai-je simplement les mots de Jean de Brébeuf, missionnaire en Nouvelle France, qui a tissé un lien entre l’humanisme et les communautés autochtones d’Amérique du Nord. Le Père Jean de Brébeuf, un des huit martyrs canadiens, a rédigé en 1635 cet avertissement à l’attention de «ceux qu’il plairait à Dieu d’appeler en la Nouvelle-France et principalement au pays de Hurons» : «Il faut faire état, pour grand maître et théologien que vous ayez été en France, d’être ici petit écolier […] La langue huronne sera votre Aristote et votre saint Thomas» (Relation de ce qui s’est passé aux Hurons, en l’année 1635). En dépit des écueils de la langue qui laissent le missionnaire «muet parmi des barbares», les livres ont constitué des jalons précieux pour les «heureux commencements de cette chrétienté» (Relation…).
    Les pères de la Compagnie de Jésus ont rassemblé les pierres savantes de ce qui allait devenir la première bibliothèque canadienne. Il en existe de petits restes dispersés çà et là au Québec. En témoigne ce «Catalogue partiel de la première bibliothèque canadienne de l’ancien collège des jésuites de Québec» que je viens de vous présenter. Et l’appel du missionnaire résonne encore aujourd’hui. »

    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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    Informations
    L'auteur

    Marc Umba-di-Mambuku
    Bibliothèque de la Compagnie de Jésus, Montréal.
    Mots-clés
    Bibliothèque, livre, histoire du Canada, Nouvelle-France, Jésuites, humanisme
    Extrait
    « En 1972, la Bibliothèque nationale du Canada participait à la célébration de l’Année internationale du livre par l’organisation d’une exposition sur la première bibliothèque canadienne, (1632-1800) ; elle honorait ainsi le souvenir de la bibliothèque de l’ancien Collège des Jésuites de Québec. Les 138 ouvrages retenus pour la circonstance provenaient de la collection d’environ 600 titres retrouvés alors - et dont les origines sont antérieures à celles du Harvard College. M. André Beaulieu, qui dressa alors un catalogue, a retenu 138 ouvrages pour les fins de l’exposition. Ces livres provenaient de divers endroits : du Séminaire de Québec, de chez les Religieuses de l’Hôpital général de Québec, de l’ancienne maison des jésuites de Québec à Sillery, du petit séminaire de Québec… Cette collection de 600 ouvrages provenant de la première bibliothèque canadienne indique que la bibliothèque du Collège des Jésuites à Québec remontant à 1635 fut sans doute la plus importante collection de la Nouvelle-France, notamment par la qualité des ouvrages et l’éventail des disciplines. »
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