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    Dossier: Asbestos

    L'histoire d'Asbestos

    Francine Picard
    Une description des propriétés et de l'utilité de l'amiante nous sensibilise à l'importance de ce matériau et nous permet de mieux comprendre les problèmes d'Asbestos. Ville minière, elle est fondée en 1899 lorsque la mine Jeffrey requiert plus de travailleurs et les péripéties qui marquent son développement sont tributaires de la mine. L'auteur rappelle la grève de 1949 et les glissements de terrain en 1970 et 1975.
    Vers les années 1870, un humble marchand de peinture du nom de H. W. Johns s'intéressait de très près à l'amiante et lui voyait déjà de grandes utilités dans le développement de l'industrie et de la construction. Mais à cette époque l'amiante était trop dispendieux, aussi devait-on l'importer d'Italie. II continua toutefois ses expériences pour développer ce précieux produit et tenta de trouver quelques indices qui pourraient lui révéler des gisements moins éloignés, donc moins onéreux.

    À cette époque, Charles Webb, modeste paysan, trouvait l'agriculture bien difficile et la terre bien ingrate. Des affleurements d'une roche dure mais curieusement fibreuse entrecoupaient de lignes irrégulières ses champs et ses prés. La majeure partie n'était pas cultivable et seule une mince couche de terre recouvrait le sol, ne donnant racine qu'aux mauvaises herbes; il se résigna alors à utiliser ses champs comme pâturages.

    Evan William, mineur d'ardoise, examina de plus près cette roche fibreuse et apprit que ce minerai n'était autre que de l'amiante. Il alla voir un riche cultivateur de l'endroit, W. H. Jeffrey, et le persuada d'investir ses épargnes pour constituer un capital nécessaire à l'exploitation de ce gisement d'amiante. Nous sommes en 1881.

    Entre temps à Milwaukee, Wisconsin, Thomas F. Manville, dirigeant avec son père et ses deux frères la compagnie Manville Covering, fabricante d'isolants de laine brute et d'argile pour la tuyauterie, se rend bien compte de l'inefficacité de leur produit lorsqu'un certain degré de chaleur est atteint. Comprenant que seul l'amiante peut le sortir de ce mauvais pas, Thomas Manville se met en contact avec M. Johns et quelques années plus tard, en 1901, les deux compagnies se fusionnent sous le nom de H. W. Johns-Manville Company.

    Le pas suivant survint durant la première guerre mondiale, en 1916 plus précisément. La mine Jeffrey se heurta à des difficultés financières et T. F. Manville vint à sa rescousse en achetant l'exploitation minière. Puis s'organisa une nouvelle compagnie, épargnant ainsi le petit village d'Asbestos d'une crise économique. La firme prit le nom de Canadian Johns-Manville Co. Limited et une nouvelle ère d'expansion et de progrès commença pour s'étendre jusqu'à notre époque.


    Asbestos

    La mine Jeffrey s'affirme petit à petit et requiert des travailleurs. Le 7 janvier 1899, une partie de Shipton se détache et devient village à part. Asbestos prend forme. Elle occupe une superficie d'au plus soixante arpents et regroupe une quarantaine de maisons. On forme un conseil municipal comprenant un maire et sept conseillers qui mettront sur pied les services municipaux: voirie, santé, police et un service contre les incendies.

    En 1901 et 1902, la scarlatine et la variole font quelques ravages. Bien que la vaccination soit obligatoire, plusieurs citoyens s'y soustraient. On réagit alors en ajoutant un nouvel article au code municipal: «Vaccination obligatoire sous peine d'amende chaque fois qu'une épidémie éclate. Ceux qui ne veulent pas se soumettre devront payer une amende de $5.00 plus $1.00 par jour de retard.»

    Au fil des années, des changements seront apportés afin d'améliorer les conditions de vie. 1903 amène des trottoirs, on travaille à l'aqueduc; les travaux publics s'accentuent. Afin d'égayer les dimanches après-midi de ses citoyens, Asbestos met sur pied une fanfare qui plus tard se transformera en «harmonie».

    Après dix ans d'absence, la variole revient au pays, mais cette fois-ci on ne se laissera pas avoir; puisque les gens ne veulent pas se faire traiter de leur plein gré, il faudra les prendre de force. On nomme deux médecins comme officiers exécutifs et on leur offre 0.15 cent par enfant d'école vacciné et 0.25 cent pour toute autre personne.

    Asbestos aura son premier hôtel de ville en 1916. Malheureusement, deux ans plus tard, la grippe espagnole n'épargne pas la population qui perd soixante-douze citoyens. En 1919, la Canadian Johns-Manville fournit l'électricité à la ville et fondera une première clinique médicale. La compagnie annonce son premier déménagement en 1923, des rues changent de place et on entreprend la construction de l'église Saint-Aimé qui, avec sa paroisse, deviendra le berceau d'Asbestos.

    Nous approchons maintenant de la deuxième guerre mondiale. Les Juifs à cette époque fuyaient l'Allemagne d'Hitler. Un comité formé à Bruxelles avait pour but de faire émigrer au Canada, aux États-Unis et en Argentine les centaines de milliers de Juifs que l'Allemagne jugeait indésirables. Sous prétexte qu'ils n'étaient pas chrétiens, Asbestos leur ferma la porte.

    Asbestos devint une ville en 1937 et deux ans plus tard on inaugura l'ouverture d'un marché public. Les sports et les divertissements se multiplièrent: cinéma, théâtre, patinage artistique, ballet, golf, hockey, curling, quilles, etc.


    1970, 1975, la terre glisse, la ville doit reculer

    L'éclatement de tuyaux, l'accumulation d'eau de pluie infiltrée par les fentes du terrain et le fait de creuser la mine plutôt que de l'agrandir, sans parler que les bords étaient escarpés d'environ cent quatre-vingts pieds, devaient avoir de très lourdes conséquences sur notre ville. Le puits de mine mesurait à cette époque un mille de diamètre et environ mille pieds de profondeur. La terre, déjà amollie par l'eau, n'avait aucun support du côté du cratère; et l'irréparable se produisit.

    Le 2 décembre 1970, on entendit des craquements et on découvrit des affaissements de terrain sur la rue Bourbeau, artère commerciale de la ville, longeant la mine. On dut avertir plus d'une dizaine de propriétaires de magasins d'évacuer les lieux le plus vite possible.

    Plusieurs dizaines de familles, propriétaires et locataires doivent trouver un nouveau logement. Les déménageurs ne fournissent plus, jour et nuit, à transporter les effets et meubles des sinistrés. Des magasins remplis à craquer ferment leurs portes à la veille des Fêtes. La compagnie prend toutes les dispositions pour parer au danger, tout le monde est inquiet et ne dort que d'un oeil.

    Des ingénieurs tentèrent l'impossible pour éviter le pire. On pratiqua des forages ici et là, on installa des pompes, de nouvelles conduites pour que l'eau de l'aqueduc et des égouts ne fasse plus de dégâts. Mais en vain, hélas! Quelques semaines plus tard, tout passa sous le pic des démolisseurs.

    Quatre ans plus tard, les choses se compliquent de nouveau et dangereusement cette fois-ci. Dans la nuit du 20 au 21 janvier 1975 vers 1:30 de la nuit, trois millions de tonnes de terre se détachent de la crête et déboulent dans la mine à ciel ouvert. On évacue d'urgence les quelques cent vingt-cinq mineurs qui s'y trouvaient et heureusement personne n'est blessé. Vingt minutes plus tard, on fait sortir vingt-cinq familles du secteur avoisinant, pas question de tenter de sauver les meubles.

    Les glissements seraient dus au mouvement d'une couche d'argile située près de la surface. L'argile peut aussi bien devenir dure que se comporter comme de la vase quand l'eau s'y introduit. C'est ce qui a dû se produire: l'argile n'a pu soutenir la terre qui la recouvrait et tout est parti comme une énorme vague.

    Asbestos s'est développée en totale dépendance de l'exploitation minière et aujourd'hui elle doit en subir les avatars. Elle devient une ville estropiée, triste par endroits et condamnée à jamais au grignotement de l'exploitation minière. Et rien ne pourra l'en sauver.
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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