Privée à la fois de son contact avec l'élémentaire, l'instinct, et le spirituel, l'âme peut-elle survivre?
De passage à Turin, juste avant de sombrer dans la folie, Nietzsche s'est indigné contre un cocher en train de frapper son cheval à coup de cravache. Il s'est ensuite jeté au cou de la bête en pleurant. Cet événement a inspiré le commentaire suivant au romancier Milan Kundera:
«La vraie bonté de l'homme ne peut se manifester en toute liberté et en toute pureté qu'à l'égard de ceux qui ne représentent aucune force. Le véritable test moral de l'humanité (le plus radical, qui se situe à un niveau tel qu'il échappe à notre regard), ce sont ses relations avec ceux qui sont à sa merci: les animaux. Et c'est ici que s'est produite la plus grande déroute de l'homme, débâcle fondamentale dont toutes les autres découlent». (Milan Kundera, L'insoutenable légèreté de l'être, Paris, Gallimard, 1984, p. 265.)
Le même Nietzsche appelait l'âme la «bête divine»: « (l'homme moderne) a anéanti et perdu son instinct, il ne peut plus lâcher la bride à la «bête divine» avec confiance, quand sa raison vacille et que son chemin le mène à travers les déserts.» «L'homme moderne, c'est-à-dire l'homme rationnel et volontaire, «maître de lui comme de l'univers», ne sait plus obéir à sa propre loi, et son âme, cette bête divine, ne peut survivre, privée de l'instinct qui l'apparente à l'espèce, privée de la force spirituelle qui la poussait sans la contraindre et la guidait sans l'instruire... La race antique des êtres prédestinés s'éteint, remplacée par la race bâtarde des gens motivés.» (Françoise Chauvin, L'autre côté du rêve, Éditions de L'Agora, Ayer's Cliff, Québec, 1990.)
«La vraie bonté de l'homme ne peut se manifester en toute liberté et en toute pureté qu'à l'égard de ceux qui ne représentent aucune force. Le véritable test moral de l'humanité (le plus radical, qui se situe à un niveau tel qu'il échappe à notre regard), ce sont ses relations avec ceux qui sont à sa merci: les animaux. Et c'est ici que s'est produite la plus grande déroute de l'homme, débâcle fondamentale dont toutes les autres découlent». (Milan Kundera, L'insoutenable légèreté de l'être, Paris, Gallimard, 1984, p. 265.)
Le même Nietzsche appelait l'âme la «bête divine»: « (l'homme moderne) a anéanti et perdu son instinct, il ne peut plus lâcher la bride à la «bête divine» avec confiance, quand sa raison vacille et que son chemin le mène à travers les déserts.» «L'homme moderne, c'est-à-dire l'homme rationnel et volontaire, «maître de lui comme de l'univers», ne sait plus obéir à sa propre loi, et son âme, cette bête divine, ne peut survivre, privée de l'instinct qui l'apparente à l'espèce, privée de la force spirituelle qui la poussait sans la contraindre et la guidait sans l'instruire... La race antique des êtres prédestinés s'éteint, remplacée par la race bâtarde des gens motivés.» (Françoise Chauvin, L'autre côté du rêve, Éditions de L'Agora, Ayer's Cliff, Québec, 1990.)
