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    Dossier: Vigny Alfred de

    Alfred de Vigny ou la volupté de l'honneur

    Philippe de Saint-Robert
    Alfred de Vigny, aristocrate des âmes! Il a voulu faire de l'honneur une religion, une ascèse qui fut sa suprême volupté?
    La France est devenue si bête, si mesquine, qu'il ne faut pas s'étonner, alors qu'on y commémore tout et n'importe quoi, que le deuxième centenaire de la naissance d'Alfred de Vigny, qui naquit à Loches le 27 mars 1797, passe à peu près inaperçu, n'était la biographie, Alfred de Vigny ou la volupté de l'honneur, que lui consacre Gonzague Saint-Bris (Grasset). Biographie et essai littéraire, qui nous rend un Vigny familier, sensible, qui corrige et complète heureusement la légende excessive du gentilhomme guindé, du poète amer, retiré dans la trop fameuse «tour d'ivoire» que lui désigna un Sainte-Beuve, jaloux de tous ses contemporains.

    Vigny appartient certes à l'Ancien Régime mais, à la différence de Chateaubriand, il ne l'a pas connu, et son modeste manoir du Maine-Giraud fait piètre figure à l'ombre des tours médiévales de Combourg. Lorsqu'il entre, à dix-huit ans, dans la «vie publique», c'est pour caracoler en vain derrière le carrosse de Louis XVIII, que le retour de l'île d'Elbe précipite sur la route de Gand. Il est trop intelligent pour que sa fidélité aux Bourbons obscurcisse jamais sa lucidité politique, et s'il ne morguera pas Louis-Philippe autant que Chateaubriand, il s'en tiendra dignement à distance, laissant Victor Hugo faire sa cour aux Tuileries sous la monarchie de Juillet. À vrai dire, sa seule amitié «politique» fut pour Napoléon III, qu'il avait connu à Londres et dont il partageait les idées saint-simoniennes. Il n'en recueillit aucune faveur particulière, à part un séjour à Compagne dont on a fait toute une affaire, très injustement montée en épingle. Toute sa vie, il sera un sceptique triomphant, épique, à qui son intelligence ne laisse aucun repos. Il doute, il refuse, mais c'est par ardeur, par exigence supérieure. Il sait que le génie, le héros, le poète, le soldat aussi, «cet autre paria moderne» sont écrasés par la société nouvelle. Il préserve le Stello qui est en lui du sort de Gilbert, de Chatterton, de Chénier. «En vérité, je vous le dis: l'homme a rarement tort, et l'ordre social toujours.»

    L'individu a raison, mais il est sans pouvoir; la société est injuste, mais elle a tous les pouvoirs. Comment vivre? Les refus de Vigny ne viennent jamais de l'impuissance ou du renoncement. Il sont ceux d'un homme qui sait au besoin se suffire, et rien n'incommode autant une société à laquelle le poète enseigne que «le sentiment de la solitude, du silence, du rêve éveillé dans la nuit, est la poésie même pour moi et la révélation de l'existence angélique future de l'homme».

    Saint-Bris montre bien à quel point Vigny fut un précurseur: du roman historique avec Cinq-Mars, qui n'a pas vieilli, du théâtre romantique avec Chatterton, qu'on aimerait revoir au Français, du roman philosophique avec Stello et Daphné: «Vigny, écrit son biographe, est un romantique différent, toujours distingué par des génies en marge, que ce soit Baudelaire ou Proust. Il n'a pas la popularité d'un Hugo, le panache d'un Lamartine, c'est un romantique sans voyages, sans exil, sans légende populaire (?). Vigny, c'est avant tout et après tout la vie intérieure.»

    Nul n'a poussé plus haut que lui une conception à la fois contemplative et philosophique de la poésie: «C'est la beauté suprême des choses et la contemplation idéale de cette beauté». Jean Mauriac me confiait que la Maison du berger était demeurée le poème préféré de François Mauriac, qu'il se redisait toujours: «Nous marchons ainsi, ne laissant que notre ombre/Sur cette terre ingrate où les morts ont passé.»

    Sa vie privée, recluse entre sa mère et sa femme, captatrices et malades, fut aussi désolante que sa vie publique, mais traversée de violentes passions, qu'il assuma pleinement, de la célèbre Marie Dorval à l'amour caché de ses derniers jours pour Augusta Froustey, d'où naîtra un enfant posthume, dont Saint-Bris nous dévoile, enfin, les déchirements et la postérité longtemps mystérieuse.

    C'est à cause de tout cela que Vigny a voulu faire de l'honneur une religion, une ascèse qui fut en effet sa suprême volupté. Cet honneur est le nom qu'il donne à la conscience, à cette voix secrète qui dicte à l'homme ce qu'il doit faire et être, et qui est si semblable à la voix divine que Socrate croyait entendre et pour laquelle on lui ordonna de mourir. Il ne s'agit jamais d'un honneur creux où l'orgueil se cabre, mais d'un amor fati pleinement assumé.

    Vigny a fondé une aristocratie des esprits et des âmes dont la morale porte au-delà des pratiques et des croyances. Sa postérité est rare mais elle existe: la philosophie stoïcienne avec Montherlant. Il faut tenir que cet homme fut vrai: cela se voit à l'authenticité qu'a su conserver une œuvre conçue dans l'Olympe mais dont le naturel n'échappera pas à ceux qui, aujourd'hui, prendront le soin de relire l'admirable Journal d'un poète, pour autant qu'un éditeur prenne soin de nous en fournir une édition courante, car il n'en existe évidemment plus?
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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    Informations
    L'auteur

    Philippe de Saint-Robert
    Écrivain français du XXe siècle.
    Mots-clés
    Romantisme, aristocratie, devoir, stoïcisme, absolu
    Extrait
    «Toute sa vie, il sera un sceptique triomphant, épique, à qui son intelligence ne laisse aucun repos. Il doute, il refuse, mais c'est par ardeur, par exigence supérieure. Il sait que le génie, le héros, le poète, le soldat aussi, «cet autre paria moderne» sont écrasés par la société nouvelle. Il préserve le Stello qui est en lui du sort de Gilbert, de Chatterton, de Chénier. "En vérité, je vous le dis: l'homme a rarement tort, et l'ordre social toujours."»
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