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Agriculture biologique

Par delà l'agriculture biologique

Jacques Dufresne
Voici l'exemple parfait de ce que les experts en prospective appellent un early adapter: la vie et l'oeuvre de Joël Salatin, cultivateur de Virginie.
Quand chez nos voisins du Sud, Peter Jennings de la chaîne ABC, s’intéresse à un phénomène nouveau en même temps que la Smitsonian Institution et qu’une foule de publications spécialisées, on est en droit de penser que le phénomène en question est une indication précieuse concernant l’avenir.

Le 14 juillet dernier, Jennings recevait à son émission d’affaires publiques un certain Joël Salatin, cultivateur de Virginie qui se met en colère quand on le présente comme un adepte de l’agriculture biologique. Non parce qu’il possède une grosse porcherie mais parce qu’il prétend avoir dépassé l’agriculture biologique, qui peut très bien être pratiquée sur une échelle trop grande à ses yeux. Il préfère l’expression agriculture durable.

Il tire des revenus annuels de 200,000 $ US d’une ferme de 550 acres, en faisant faire par ses animaux , pour leur plus grand plaisir, des tâches que l’on confie généralement à de coûteuses machines. Il ne partait pas de zéro. Il appartient à une lignée de cultivateurs venus de Suisse il y a un siècle. La terre dont il vit aujourd’hui en la faisant vivre n’a reçu aucun engrais chimique depuis quarante ans. L’agriculture biologique c’était le défi de son père. Pour aller plus loin il a étudié, dans l’esprit du Land Institute de Wes Jackson, la façon dont les prairies naturelles d’Afrique notamment, se régénèrent tout en en s’intéressant au sort des animaux et, sous l’influence de Wendell Berry, aux rapports entre les communautés humaines et le type d’agriculture pratiqué.

Les cochons, ces gourmands qui sont avant tout des gourmets, adorent les fruits cachés de la terre, qui sont parfois les plus exquis, les truffes en sont la preuve. Si certains gourmets sont prêts à faire le tour du monde pour manger une omelette aux truffes, les cochons sont disposés à la labourer la terre entière pour le parfum d'une truffe. Quand vient le moment de convertir une forêt en prairie Salatin a recours aux cochons, qui seront suivis des vaches et des poules, à qui l’on fait l’honneur d’un poulailler mobile. Le but de Salatin est d’imiter la nature au point d’en reproduire les cycles intégralement.

Les vaches passent l’hiver dans la grange en stabulation libre. Deux fois par semaine, Salatin ajoute un peu de paille à leur litière tout en y répandant du maïs en grains. Le maïs fermente dans ce milieu anaérobique et au printemps, au moment où les vaches retournent à la prairie, les cochons viennent aérer le compost de la manière que l’on imagine.

Le principal souci de Salatin c’est de vivre l’agriculture d’une façon telle que ses enfants puissent s’y intéresser. Aucun d’entre eux explique-t-il ne serait intéressé à devenir l’intendant d’une méga-porcherie. «Nous pouvons parler toute la journée de l’environnement et des aliments de qualité, mais si nos fermes ne sont ni amusantes, ni rentables et si elles exigent trop de travail, aucun de nos enfants ne s’y intéressera. Faire rêver la génération qui monte est l’ultime défi du développement durable. (Romancing the next generation is the ultimate test of sustainability.)

Pour les mêmes raisons Salatin s’efforcent de vendre ses produits dans son voisinage. Compte tenu du fait qu'ils sont d’une qualité supérieure, il en obtient un meilleur prix que celui du super-marché, sans avoir à partager ce revenu avec les intermédiaires et en ayant l’avantage de nouer des liens d’amitié avec ses voisins. Il peut compter désormais sur plus de 400 clients réguliers qui viennent s’approvisionner directement à la ferme.

Certes on dit à son sujet ce qu’on a dit des premiers adeptes de l'agriculture biologique : la majorité des Américains ne sont pas prêts à payer plus cher leur nourriture et en conséquence Salatin est condamné à demeurer une exception. Il n’empêche que ce solitaire présente toutes les caractéristiques de ce que les experts en prospective appellent les early adapters. Son exemple ne peut que séduire les jeunes, à commencer par ses propres enfants, parce qu’il combine la poésie du passé avec celle de l’avenir et parce qu’au savoir brut de la révolution industrielle, il substitue le savoir raffiné de la science durable.

pour en savoir plus:
http://abcnews.go.com/onair/WorldNewsTonight/wnt000714_21st_salatin_feature.html
http://www.smithsonianmag.si.edu/smithsonian/issues00/jul00/farm.html
http://wsare.usu.edu/sare2000/118.htm
http://www.nutri-tech.com.au/Interviews/Interviews5.htm


Ouvrages de Salatin:
Family Friendly Farming: A Multi-Generational Home-Based Business Testament.
You Can Farm: The Entrepreneur's Guide to Start & Succeed in a Farming Enterpris (Introduction de Joel Salatin), Allan Nation; Paperback.
Pastured Poultry Profits(Joel Salatin et al) Paperback.
Salad Bar Beef (Introduction de J.S.), H. Allan Nation; Paperback.
Date de création:2002-11-11 | Date de modification:2006-11-07
Informations
L'auteur
Éditeur de l'Encyclopédie de L'Agora
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Mots-clés
Joël Salatin, agriculture durable, biomimétisme, cycles naturels, porcs, poulets.
Données d'édition
Date de création:
2002-11-11
Dernière modification:
2006-11-07
Extrait
«Le principal souci de Salatin c’est de vivre l’agriculture d’une façon telle que ses enfants puissent s’y intéresser. Aucun d’entre eux explique-t-il ne serait intéressé à devenir l’intendant d’une méga-porcherie. «Nous pouvons parler toute la journée de l’environnement et des aliments de qualité, mais si nos fermes ne sont ni amusantes, ni rentables et si elles exigent trop de travail, aucun de nos enfants ne s’y intéressera. Faire rêver la génération qui monde est l’ultime défi du développement durable. (Romancing the next generation is the ultimate test of sustainability.)»
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