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    Dossier: Agriculture biologique

    Mainmise sur le bio (deuxième partie et fin)

    Frederick Kirschenmann
    Traduction de l'américain par Charles- Eugène Bergeron parue dans le magazine BioBulle, no 27, octobre 2000.
    Afin de contrer la mainmise sur le bio de l'agrobusiness mondialisé, la première tâche qui attend le milieu est de faire en sorte que le USDA redéfinisse une section du projet «Organic Foods Production Act», afin de faire de la norme nationale une norme de base plutôt qu'une norme à la fois plancher et plafond. Cette réingénérie procurera à l'industrie biologique deux champs distincts de compétitivité sur la place du marché. La grande entreprise pourrait compétitionner en coupant les prix et en menant des campagnes publicitaires, tout en rencontrant la norme de base. Les petites entreprises pourraient compétitionner et se différencier sur le marché en rencontrant des normes supérieures à la norme nationale, que ce soit aux plans écologique ou social. Ces entreprises combleraient ainsi des marchés de niches, en commercialisant leurs produits plus directement vers les consommateurs.

    Si les agriculteurs biologiques se voient permettre de se distinguer ainsi sur les marchés, ils pourront non seulement survivre mais prospérer. Encore selon Ikerd: «Les agriculteurs biologiques pourront s'allier avec d'autres petites entreprises dans le développement d'un système alimentaire alternatif pouvant coexister avec le système industriel alimentaire global et, un de ces jours, le remplacer.»

    Maintenant et une fois pour toutes, laissons derrière nous les craintes à l'effet que cette approche à deux options doive entraver le commerce. Le marché sera réglementé à partir d'une norme nationale de base? voilà tout. Le choix de se faire certifier pour des niches de marchés supérieures serait tout à fait volontaire et ne pourrait être utilisé comme une contrainte au commerce. Seuls les fabricants et les distributeurs, désirant sur une base volontaire se distinguer sur des marchés qu'ils jugent avantageux pour eux, pourraient être limités à des fournisseurs rencontrant des normes supérieures correspondant aux exigences de ces marchés.

    La deuxième tâche à laquelle doit s'attaquer le milieu est de bâtir un système de production et de distribution agroalimentaire «bio» basé sur la communauté. Le régionalisme et l'approvisionnement alimentaire communautaire faisaient partie de la vision à l'origine de l'agriculture biologique. La plupart des fermes biologiques opèrent toujours à petite échelle.

    Selon une enquête réalisée en 1998 par le «Organic Farming Research Foundation», 87 % des fermes biologiques des États-Unis sont exploitées par une seule famille ou un partenariat familial sur une superficie moyenne de 140 acres. Plusieurs de ces fermes vendent leurs produits directement à leurs consommateurs. Quant à eux, les gros manufacturiers de produits biologiques, les chaînes spécialisées et les supermarchés achètent la plupart de leurs produits certifiés de grosses fermes dont plusieurs d'entre elles sont à l'étranger. Il devrait y avoir de la place dans l'industrie «bio» pour les deux types de fermes.
    Encore une fois, il existe des opportunités de marché à saisir pour un segment significatif de la clientèle «bio». Comme le fait remarquer Ikerd: «Les préférences courantes de nombreux consommateurs de produits «bio» ne sont pas uniquement basées sur la liste restreinte des ingrédients qui peuvent être utilisés dans la production biologique. Pour eux, le «bio» est plus une philosophie de la vie qu'une liste des substances caractérisant les produits qu'ils mangent. Ils veulent des aliments produits en harmonie avec la nature? Ils croient que la diversité est un principe naturel fondamental».

    «Ces consommateurs paieront un prix supérieur pour appuyer les agriculteurs qui intègrent le cheptel et les cultures dans des fermes qui harnachent l'énergie solaire, recyclent les déchets et régénèrent leurs sols pour assurer aux générations futures la possibilité de cultiver et de se nourrir? Une alimentation saine, un environnement naturel sain, des communautés solidaires et une vie sociale intense sont importants dans leur philosophie de la vie». Si quelqu'un doute de la justesse des propos de Ikerd, il n'a qu'à visiter n'importe quel réseau d' «Agriculture soutenue par la communauté (ASC)» ou une ferme communautaire, pour s'en convaincre.

    Parmi nous, qui avons été impliqués dans la rédaction de la version 1990 du «Organic Foods Production Act», quelques-uns ont désiré que les activités de mise en marché directe soient exemptées de la certification biologique, en alléguant que celle-ci existait seulement pour bâtir un lien de confiance entre producteurs et consommateurs. Quand ces deux-ci sont en relation directe, ce lien ne serait pas nécessaire. Toutefois, quelques groupes de consommateurs ont souligné avec raison que souvent, lors d'un achat direct auprès d'un agriculteur (par exemple dans un marché fermier), le consommateur n'a aucun moyen de savoir d'où vient l'aliment et comment il a été produit.

    Le projet de loi de 1990 avait introduit l'exemption du 5 000 $ maximum afin d'accommoder le producteur: cette stratégie n'a évidemment pas atteint son objectif. Nous avons donc une affaire inachevée sur les bras. Nous devons fournir au petit agriculteur, à l'organisme de certification et à l'artisan transformateur biologiques qui opèrent dans un contexte communautaire une place dans la filière biologique.

    L'agriculture écologique communautaire qui a émergé au sein du mouvement «bio» continuera de s'épanouir, que l'appellation biologique lui soit légalement permise ou non. Les individus, tant les producteurs que les consommateurs, évoluant dans des systèmes agroalimentaires basés sur la communauté n'abandonneront pas ce qu'ils ont découvert: aliments sains, savoureux, entiers et produits écologiquement; l'assurance de connaître l'agriculteur qui élève et cultive et l'artisan qui transforme l'aliment; la possibilité d'être présent là où se produit et se prépare cet aliment et plus encore. Puisque cette tendance va s'intensifier avec ou sans l'assentiment de la norme biologique nationale, nous ne devrions pas tourner le dos à cette composante vitale de l'industrie «bio». Le milieu risque de perdre beaucoup plus que le nombre des producteurs et des consommateurs de tels systèmes communautaires agroalimentaires, s'il néglige de les inclure de plein pied sur la scène biologique.
    Je crois loin d'être impossible de revoir les règles du jeu et au besoin le projet de législation actuel afin de lui permettre d'englober les systèmes d'approvisionnement alimentaire écologiques communautaires. Cela prendra du temps pour élaborer les modalités, mais les gens impliqués dans de tels systèmes ont beaucoup réfléchi sur comment ils veulent mettre en marché leur production, comment ils peuvent rassurer leurs consommateurs et comment ils peuvent définir les critères écologiques et sociaux d'intégrité d'un système agroalimentaire communautaire et durable. Si nous invitions ces gens à prendre part au dialogue, je m'attends à ce que nous apprenions rapidement comment redéfinir la règle pour satisfaire leurs besoins et ceux des petits opérateurs, en agriculture, en transformation et en certification.

    Quelques remarques en guise de conclusion

    Le système de production biologique à échelle industrielle, malgré ses nombreux avantages au plan commercial, peut voir surgir des problèmes au fur et à mesure de sa croissance. Une idée a circulé à l'effet que les aliments biologiques seraient moins sécuritaires que les conventionnels parce que les producteurs biologiques «utilisent du fumier». Les contaminations alimentaires, évidemment, ne sont pas retraçables jusqu'au champ ou à l'étable, mais bien jusqu'aux usines de transformation de masse très centralisées. La vitesse à laquelle sont traitées les carcasses d'animaux par des gens maladroits est un facteur important de la contamination de la viande. Certes, le système alimentaire conventionnel essaie de mitiger ces problèmes en faisant appel à divers additifs de synthèse. Éventuellement, on compte solutionner le problème avec l'irradiation.

    Comme l'industrie alimentaire biologique passe à de plus grandes échelles de transformation sans faire appel aux intrants et procédés en question, les craintes sur l'innocuité des produits bio pourraient s'avérer fondées, non pas à cause des fumiers utilisés sur les fermes, mais à cause des opérations de transformation de masse. Même au regard de l'innocuité, les principes écologiques sont importants. En conclusion de son étude exhaustive sur les contaminations alimentaires, Nicols Fox a écrit: «Partout où la diversité fait défaut, lorsqu'un aliment standardisé est produit en masse, la maladie peut entrer en scène». (Fox, 1997).

    Un problème plus immédiat auquel est confronté le USDA a trait à l'agriculture biodynamique. De par le monde, les systèmes de production biodynamiques sont reconnus pour rencontrer ou surpasser les normes biologiques. La biodynamie est l'exemple d'un système de production et de transformation qui requiert des pratiques qui sont plus sévères que celles qui sont prescrites dans la norme nationale. Cela place le USDA dans un dilemme dans son insistance d'imposer une norme homogène. Qu'il décide ou non de réglementer la biodynamie, le USDA ne pourra pas légalement empêcher d'autres systèmes de production de se présenter sur le marché comme du «biologique amélioré». Cela ne sera pas permis, déclare pourtant le USDA.
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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