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    Impression du texte

    Dossier: Agriculture biologique

    Mainmise sur l'agriculture biologique

    Frederick Kirschenmann
    Traduit de l'américain par Charles-Eugène Bergeron, avec la permission de l'auteur et du Bulletin de l'IOIA «The Inspector's Report». (1ère partie de deux).
    «Nous mettons en question cette définition idéaliste et romantique de l'agriculture bio? Nous admettons que de telles fermes peuvent exister? il est clair qu'elles sont de rares exceptions et ne constituent sûrement pas la base d'une définition ou d'une normalisation du bio». (Kahn Weakly et Harper, 1999)

    La mentalité industrielle, illustrée par cette citation de trois praticiens de l'agrobiologie, s'est insinuée de façon persuasive à l'intérieur du mouvement «organic» américain. La plus cinglante critique de la dernière décennie du monde «bio» américain a été écrite en 1999 par John Ikerd de l'Université du Missouri. On y lit: «Les tendances récentes ramènent les aliments «bio» tout simplement au rang d'un autre système alimentaire industrialisé». Ikerd prédit que: «La demande pour la constance et l'uniformité de la qualité du produit, ainsi que des livraisons fiables et immédiates» forceront les producteurs à «standardiser, spécialiser et centraliser la gestion des processus de production et de distribution» de façon à satisfaire les besoins d'un système alimentaire conçu pour une mise en marché de masse. Cette tendance conduira les systèmes agricoles «bio» à se spécialiser et opérer à grande échelle.

    Les marchés de niche bio sont en train de se transformer en marchés de masse. Ikerd prédit que cela va précipiter l'industrie bio dans le même entonnoir que l'agroalimentaire conventionnel et que les producteurs bio, de même que les autres intervenants auront la même destinée qui frappe couramment les petites fermes et les petites entreprises dans l'industrie agroalimentaire d'aujourd'hui.

    Ikerd suppose que cette industrialisation de l'agriculture biologique a conduit le USDA à proposer, en 1997, comme acceptable les boues d'épuration, les OGM et l'irradiation dans sa première version réglementaire définissant la norme américaine de la production et de la transformation biologique. Les boues auraient procuré aux gros producteurs les nutriments nécessaires sans avoir à boucler leurs cycles nutritifs à la ferme; les OGM auraient facilité la régie phytosanitaire sur de grandes surfaces. L'ionisation aurait permis aux transformateurs bio de se mettre au niveau technologique des entreprises de transformation et de distribution.

    Un tollé sans précédent du public a forcé le USDA à retirer et à réécrire son projet de réglementation. La nouvelle version, délivrée en mars 2000, interdit l'usage des boues, des OGM et de l'ionisation. Tout en étant une grande amélioration sur la version 1997, le nouveau projet promeut toujours l'industrialisation du bio, et ce, au moins sous deux importants angles.

    En premier lieu, la nouvelle réglementation stipule que la norme américaine est à la fois un plancher et un plafond. Non seulement quiconque utilisant le sceau «organic» devra certifier qu'il rencontre la norme nationale (un plancher), il ne pourra pas certifier «organic» l'atteinte de normes plus sévères (un plafond). Aucune instance de normalisation publique ou privée de par le monde n'a déjà établi une norme aussi homogène. En second lieu, la nouvelle règle n'apporte pas de solution satisfaisante aux coûts élevés de la certification et de l'accréditation pour les petites fermes et les petits organismes de certification (OCB).

    Évidemment, la norme homogène exprimée dans la réglementation n'est pas l'initiative isolée du USDA. Les représentants des manufacturiers et des détaillants siégeant au National Organic Standards Board (NOSB) ont exercé un puissant lobby à l'encontre de fortes objections d'un certain nombre de ses membres. Les pressions de la grande industrie privée auraient pu s'exercer sur le marché vers une production de masse standardisée, même sans l'implication du USDA.

    Toutefois, comme Ikerd le fait remarquer: «le «bio» ne peut être pleinement industrialisé tant que des normes nationales et internationales ne favorisent pas des méthodes de productions à grande échelle, spécialisées et centralisées dans leur gestion. Des normes sanctionnées par les gouvernements facilitent grandement ce processus. tandis que le secteur privé peut imposer commercialement de telles normes conventionnelles.

    La création d'une norme restrictive entre de plein pied dans le jeu des grandes entreprises agroalimentaires. Ces firmes aux goussets bien garnis peuvent accaparer de larges parts du marché grâce à des rabais sur les prix et des campagnes publicitaires qui sont inaccessibles pour de petites entreprises moins capitalisées. Ainsi, ces dernières risquent d'être chassées du marché, ne pouvant pas faire valoir leur avantage comparé: la différenciation sur la base d'une éthique écologique supérieure de leurs pratiques dans les champs. Selon ce qui est sur la table actuellement, ces petits entrepreneurs ne pourront certifier comme telles ces activités, afin que les consommateurs les appuient en toute confiance avec leur pouvoir d'achat. Cette conséquence est renforcée par le refus du USDA de laisser des OCB certifier sur des base autres que la norme nationale.

    Les promoteurs d'une norme nationale uniforme allèguent que c'est le mandat du «Organic Foods Production Act». Toutefois, le Rapport du Sénat américain qui interprète la Loi parle d'une norme solide «consistent», plutôt qu'une norme uniforme. La consistance est différente de l'uniformité. La consistance implique la cohérence et la fiabilité, non pas l'homogénéité. Malgré cette claire différence, le USDA utilise dans sa réglementation le mot «consistent» dans le sens «uniformity».

    Mainmise sur la vision du bio pour le profit

    L'argument de Ikerd est que «la production industrielle biologique n'est désormais pas plus durable que ne l'est la production conventionnelle». Il suggère que nous devons «aller au-delà du bio en tant qu'un ensemble de moyens de production» et il affirme le bio comme étant «une philosophie pour un mode de vie durable».

    Il est ironique de voir s'industrialiser l'agriculture biologique, alors que le mouvement bio a surgi comme une réaction à l'industrialisation de l'agriculture. Par exemple, Albert Howard, en 1943, a senti que l'agriculture biologique nous aiderait à apprendre une Grande leçon, à savoir: «comment subordonner l'appât du profit à la tâche sacrée de léguer intégralement à la génération suivante l'héritage d'un sol fertile».

    Rudolf Steiner, en 1924, fut encore plus clair. L'agriculture industrielle, observa-t-il, «a été basée sur une science matérialiste qui s'est souciée d'une sphère très mince d'activité, il est impossible d'aborder adéquatement le monde des organismes en interdépendance à partir d'une perspective si étroite» avançait-il. Mais certains praticiens agrobiologiques comme ceux cités au début considèrent une telle approche globale comme état «romantique» et «idéaliste».

    La tragédie de cette mainmise sur la vision initiale du bio se joue en deux actes. En premier, comme l'affirme Ikerd, «les petites entreprises de production et de certification, artisanes du concept de l'agrobiologie, seront éliminées du marché». En deuxième, cette mainmise «ne procurera aucun incitatif aux fermiers et aux manufacturiers pour améliorer constamment leurs façons de faire bio». Le résultat sera que nous n'accomplirons jamais les objectifs initialement fixés par les fondateurs du mouvement bio.

    Baliser un nouveau parcours pour l'agriculture biologique

    Ces propos ne sont pas un dénigrement de l'industrialisation du bio. Il est clair qu'une incitation des grosses fermes à s'abstenir des intrants toxiques et à leur en substituer d'autres moins nocifs, constitue un bénéfice potentiel pour la santé des humains et de l'environnement.

    Toutefois, ce processus d'industrialisation nous prive d'un élément vital: la sagesse écologique des paysans qui vivent proche de la terre, apprennent de la terre, et se considèrent de la communauté terrienne.

    Nous sommes également privés de nous nourrir d'aliments plus entiers, moins dénaturés. Les agriculteurs et transformateurs artisanaux ont appris, de par une petite échelle, comment produire des aliments de façon écologique, par conséquent sans faire appel aux ingrédients «vite fait» typiques des systèmes industriels.

    Le bio a été basé sur la notion que: ce sont des gens qui prennent soin de la terre; ce sont des gens qui vivent assez près de la terre pour en prendre soin au sein de leur propre voisinage éco-social. Voilà un élément vital à une véritable santé écologique! Les partisans d'un agroalimentaire biologique fondé sur l'industrialisation considèrent ces dimensions humaines et communautaires de l'agriculture biologique comme étant «romantiques».


    Le travail immédiat

    Si nous voulons contrer l'exode des petits agriculteurs, transformateurs et certificateurs du mouvement bio, et si nous voulons conserver la sagesse écologique qui s'est élaborée au cours des cinquante dernières années dans les écosystèmes fermiers, nous devrons agir rapidement sur deux fronts.

    D'abord, faire de notre mieux pour aider le USDA et NOSB à se rendre compte des enjeux fondamentaux que soulève l'implantation d'une norme unique homogène et industrielle. Nous devons les convaincre de permettre aux petits opérateurs à se différencier sur le marché du système de production de masse bio. Une reconnaissance doit être possible sur la place du marché pour les agences de certification «bio» qui sont plus exigeants en terme de pratiques écologiques à la ferme supérieures (?).

    L'argument de base est que la définition même de l'agroalimentaire durable a trois composantes: viabilité économique; bien-fondé écologique; justice sociale. Des cahiers de charges bio en constante évolution doivent comprendre ces trois dimensions, exiger aux adhérents de s'améliorer constamment sur ces trois axes. Cela doit pouvoir être reconnu par les consommateurs grâce à des marques de certification distinctives et crédibles.

    Ce plaidoyer ne prétend pas que de telles pratiques sont plus «bio» que celles proposées par les méthodes industrielles. Cependant, des pratiques de plus haute valeur doivent pouvoir être reconnues du point de vue de l'agrobiologie. Une ferme qui arrive à boucler ses cycles nutritifs, reconstruire sans gaspillage l'humus de ses sols, une ferme qui fait appel à des systèmes naturels de gestion des ravageurs et parvient à établir une certaine autorégulation de son écosystème fermier est supérieure du point de vue agrobiologique à une ferme qui importe régulièrement des engrais et des pesticides naturels (au lieu de produits de synthèse) dans son système. Suggérer que des systèmes-ferme élaborés écologiquement sont équivalents à des opérations basées sur des intrants revient à ignorer le fondement même de l'agriculture biologique.

    Le deuxième front d'action immédiat est la mise sur pied d'un système d'approvisionnement alimentaire basé sur la communauté qui puisse prospérer de plein droit en parallèle avec l? «Organic Agrobuziness».
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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