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    Dossier: Afrique

    La situation zaïroise

    Michel Lefebvre
    Appel énergique à la libération des peuples qui ploient sous le joug des tyrans. Le Zaïre (qui est devenu la République démocratique du Congo) n'existe plus mais les conditions de vie des Africains restent précaires.
    Curieusement, depuis l'apparition de ce que l'on a appelé le Nouvel ordre mondial, il semble que les conflits socio-politiques augmentent à un rythme incontrôlé et incontrôlable. Pour le moment, le continent africain remporte la médaille d'honneur. Cette médaille, le peuple africain ne la reçoit pas la tête haute, car ces conflits ne sont pas la création du peuple en général. Ils sont plutôt créés par une poignée de dirigeants qui n'ont guère de respect pour le petit peuple. Du moins, c'est l'image qu'ils projettent. Lorsqu'on voit les moyens utilisés par leurs chefs pour se maintenir au pouvoir, il y a tout lieu de croire que ces populations sont carrément abandonnées par eux. C'est une évidence qui crève les yeux lorsqu'on compare le statut des chefs et celui des citoyens. Les images presque insupportables ne manquent pas, une brève visite dans la majorité des grandes villes africaines parle d'elle-même. Les édifices, symboles de richesse, permettent aux bidonvilles voisins d'être à l'ombre. Les habitants de ces bidonvilles n'ayant pas accès au soleil dans leur compte bancaire peuvent encore moins rêver d'un toit ensoleillé. L'eau potable disponible au 18e étage des édifices ne l'est pas nécessairement dans les cabanes situées à proximité des restos et des routes bétonnées.

    Parmi les pays africains, le Zaïre, pays aux mille richesses, semble être le chef de file dans la volonté de maintenir le peuple dans un quotidien abominable. Mobutu, qui s'accroche au pouvoir depuis bientôt 28 ans, est la preuve, une fois de plus, que le pouvoir en Afrique n'est pas conçu en fonction du bien-être des citoyens. Il a beau répéter aux journalistes africains et occidentaux qu'il sera le père de la démocratie au Zaïre, il devient de plus en plus évident qu'il sera plutôt le vieillard entêté qui aura réussi en quelques années à plonger son pays dans un entonnoir par où ne s'écoulent que misère, désolation et corruption. Une seule statistique permet de comprendre l'ampleur du désastre. Sa fortune personnelle est égale à l'endettement du pays. On ne peut passer sous silence les 12 châteaux qu'il possède sur le territoire européen, sa flotte de Mercedes, son armée personnelle composée de 5000 hommes (payés par lui-même). Je pense aussi à cette statue en or qu'il a fait fabriquer pour immortaliser celle qui a eu l'honneur d'être la Mère du Président. La statue surplombe son village natal.

    La situation zaïroise est catastrophique et pourtant Mobutu ne la voit pas, ne veut pas la voir. Il s'accroche au pouvoir comme un nourrisson continue à tirer sur sa tétine après avoir vidé son biberon de tout son lait, le lait de tout un peuple. Devant un comportement semblable, on s'interroge sur la vraie signification du pouvoir. Que peut-on attendre d'un chef qui ne réagit pas devant les écoles fermées depuis des mois, les avions qui ne décollent pas (faute d'argent pour acheter l'essence), ou qui, comme nous le verrons, volent grâce à l'essence fournie par les pays étrangers, le service postal interrompu, les Ambassades qui ferment (impuissantes devant la situation), les militaires qui pillent les commerces et qui, lorsque les propriétaires abandonnent les lieux, s'installent à leur place et vendent la marchandise, fruit de leur pillage?

    Comment réagir devant le fait qu'il faille payer le commis à la Banque pour avoir accès à son compte bancaire? Comment ne pas tomber dans la corruption soi-même lorsque, pour faire la route entre deux villages, on est forcé de s'arrêter constamment aux nombreux barrages improvisés et de payer les militaires qui les occupent? Toute demande à l'État, tout service administratif doivent être payés en argent liquide si on veut obtenir gain de cause. La pratique est tellement ancrée dans les moeurs qu'elle est surnommée «l'article 15». Lorsqu'on prononce ce mot, les Zaïrois rient d'un rire dans lequel on sent toute leur impuissance devant ce phénomène qui entache leur réputation. Notre méfiance à leur égard ne les surprend donc pas.

    Pour illustrer l'ampleur de la corruption, voici une anecdote qu'un militaire, originaire d'un pays voisin et qui était en poste au Zaïre, m'a racontée. ll pilotait les avions dits de reconnaissance qui survolaient le territoire du Zaïre. Ces avions avaient une grande autonomie de vol et les réservoirs d'essence avaient des capacités de plusieurs centaines de litres. Tous les jours, il survolait un territoire précis et le voyage aller-retour ne durait pas plus de quarante minutes. Il revenait donc à la base avec des réservoirs pleins à 80% de leur capacité. La nuit, des voisins de la base militaire se présentaient au mur qui l'entourait avec des bidons vides de 20 litres dans l'espoir d'obtenir un plein à prix réduit. Avec l'aide des autres militaires, Théo veillait à l'organisation des distributions et des transactions nocturnes. Mais Théo n'agissait pas à son seul profit, ces opérations étaient dirigées par le commandant même de la base, lequel n'assistait évidemment pas à ces activités.

    Voici comment on procédait: avant l'arrivée des acheteurs, on coupait l'électricité sur la base, en prétextant une panne de courant. La chose était possible et personne n'en tenait rigueur. Pendant ce temps, un militaire, en retirant une brique du mur, faisait une ouverture suffisante pour recevoir l'argent provenant des ventes et le va-et-vient commençait. Les bidons vides étaient reçus par-dessus la clôture pendant qu'une main passait les billets par l'ouverture dans le mur. Le bidon s'alourdissait à proportion de la quantité de billets. Au suivant! Et la nuit s'écoulait dans un petit bruit de rires étouffés et de chuchotements. Tout cela se déroulait rapidement; il fallait quand même être prudent. «À demain» se disaient enfin les acheteurs et les vendeurs. Le travail terminé, Théo comptait l'argent et en mettait 50% dans une enveloppe. L'autre 50% était partagé entre ceux qui avaient participé à l'opération. Certains militaires retournaient à leur surveillance de routine, d'autres allaient se coucher. Chacun poursuivait ses activités, tout cela était normal. Théo regagnait sa petite chambre sur la base. La nuit s'éloignait et il était fourbu.

    Encore une journée et demain il serait en permission. Il ne lui restait que 15 minutes pour vérifier son costume et cirer ses chaussures avant de se présenter au bureau du commandant. Le képi sous le bras gauche et la main droite appuyée au front: «Mon Commandant» dit-il. Et il lui tendit l'enveloppe. «Merci, mon ami». Ouvrant l'enveloppe, il compta les billets. «Très bien» dit-il. «Vous pouvez prendre votre permission aujourd'hui même». «Merci, mon Commandant». Théo claqua les talons et se retira.

    Cette histoire est la réplique de mille autres. Dans celle-ci, il est intéressant de savoir que, non seulement l'essence était fournie par le gouvernement français, mais probablement les avions aussi. À l'époque, et même maintenant, la France appuyait le gouvernement Mobutu dans de nombreux secteurs. Il y avait dans ce vol d'essence une indifférence face à ce qui ne vous appartient pas. Un sous-entendu: «De toute façon, c'est la France qui paie». C'est l'attitude d'un adolescent qui s'éveille.

    Peut-on s'attendre à ce qu'un peuple dirigé par un Mobutu ait un sens des responsabilités plus poussé que son chef? Sa débrouillardise, c'est sa survie.
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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