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    Dossier: Afrique

    Fragile processus de paix au Burundi

    Pierre Beaudet
    Depuis le début de 1999, la crise en Afrique centrale ne cesse de s'aggraver. En République démocratique du Congo, les affrontements impliquent les armées de neuf pays africains. Vers l'ouest, la guerre a
    repris de plus belle en Angola. Au Congo-Brazzaville, en Ouganda, au
    Rwanda, les tensions sont vives et nulle part n'est évoquée la possibilité de négociations entre les principaux protagonistes, comme si la seule perspective était de poursuivre la guerre jusqu'à l'extermination de l'adversaire. Dans ce contexte belliqueux, le Burundi fait donc bande à part. Bien sûr, les conflits demeurent dans ce petit pays des Grands Lacs. Mais le processus de paix est réellement engagé, ce qui donne un timide espoir à la population et à la communauté internationale. Reste à voir si l’accord signé à Arusha pourront déboucher sur les solutions à long terme dans un pays qui a connu depuis 1993 une succession de crises ayant fait plus de 200,000 victimes.
    Le Burundi, comme la plupart des pays des Grands Lacs, a mal vécu son indépendance en 1962. Assez rapidement en effet, de sanglants conflits ont ruiné la construction de la nation, notamment en 1965 et en 1972. Les tensions Hutus-Tutsis, qui n'avaient pas connu le même degré de polarisation qu'au Rwanda, se sont exacerbées, laissant l'armée et les
    postes élevés de l'administration aux mains de la minorité tutsie. Par la suite, on a vu un face à face incertain, marqué de violences périodiques. Au début des années 1990, le vent du changement a cependant abouti au Burundi. Le président Pierre Buyoya avait alors entamé des
    transformations, d’où un référendum constitutionnel libéralisant les activités politiques. En juin 1993, les élections aboutissaient à la victoire du parti d’opposition FRODEBU. Mais quelques mois plus tard, une faction de l'armée déclenchait un violent coup d'État, tuant le
    président élu Melchior Ndadaye et plusieurs dirigeants de l'État, en majorité Hutus. Peu après, les massacres reprenaient dans plusieurs régions du pays, notamment au nord, où des bandes armées se réclamant du FRODEBU tuaient plusieurs milliers de civils Tutsis. Le changement en
    cours aujourd’hui résulte de cette crise et des immenses tensions générées depuis.

    Nouvel espoir
    Depuis quelques années, sous l’impulsion de l’ex-président tanzanien Julius Nyréré, les factions burundaises ainsi que le gouvernement de Pierre Buyoya ont renoué avec le processus de paix. Certes, six ans plus tard, rien n'est encore définitivement réglé. Les Burundais sont encore
    sous le traumatisme de la violence, de la peur et de la méfiance. Mais jusqu'à un certain point, la glace est rompue. Parmi les avancées, notons la constitution d’un gouvernement d’unité nationale incluant le FRODEBU. Dans le cadre des négociations de Arusha, on a tenté d’intégrer les autres groupes de l’opposition, y compris les groupes armés comme les Forces pour la défense de la démocratie (FDD). La partie n’était pas gagnée d’avance non plus avec divers groupes à dominance tutsi, comme l'UPRONA. Le grand accomplissement du processus aura été finalement de mettre presque tout le monde autour d’une même table. À la suite du
    décès de Nyréré, c’est Nelson Mandela qui a repris le flambeau, d’où la signature de l’accord du 28 août.

    Le pays le plus pauvre de la terre
    Les problèmes du Burundi sont complexes et multidimensionnels. À côté des aspects politiques et militaires, se trouve une réelle tragédie sociale et économique. Encore aujourd'hui, 92% des six millions et demi de Burundais survivent d'une agriculture familiale peu productive. Selon la classification de l'ONU, le Burundi se retrouve au 170
    e rang sur 170 pays par rapport aux conditions de vie de la population! Durant les dernières années, la situation s'est passablement détériorée. 10% de la population (plus de 500 000 personnes) se retrouve déplacée et dépendante de l'aide humanitaire. Dans les villes, l'emploi a diminué de moitié à la suite de la réduction de la production industrielle, comme le cas du Complexe Textile du Burundi, qui a perdu 50 % de son marché dans le contexte des troubles.
    Sans tomber dans un économisme excessif, il est évident qu'une telle situation engendre de vives tensions. Comme l'explique le chercheur burundais Jean Marie Nindorera, «la mobilisation ethnique a largement joué sur la perspective du profit économique qu'on tirerait de
    l'élimination du voisin pris comme responsable de sa misère». Les conflits présentés comme «ethniques» entre Hutus et Tutsis ont un véritable ancrage économique et l'hypothèse de Colette Braeckman mérite d'être retenue, à l'effet que l'ethnisme devient un faux exutoire du
    malaise social.  Ce qui ne veut cependant pas dire que la polarisation dans la société burundaise divise Hutus et Tutsis sur une base économique. En effet, la plupart des études statistiques démontre un «partage de la misère» à peu près équitable entre les deux grandes communautés du pays. Le seul véritable clivage est celui qui existe entre Bujumbura et le reste du pays.
    Or depuis l'indépendance, l'État burundais n'a jamais pu élaborer un programme de développement assez ambitieux pour entreprendre la reconstruction de cette économie de pénurie. Pire encore, à la fin des années 1980, le Burundi se vit imposer un programme d'ajustement structurel dont la clé fut la privatisation du secteur public, pour faire face au problème croissant de la dette. Aucune de ces politiques n'a contribué de manière significative à redresser la situation économique et à atténuer la misère des paysans. De manière générale, les
    hommes que se sont succédé à la tête de l'État jusqu'à 1996 se sont contentés de gérer le pays par divers équilibrages politiques à saveur ethnique. Il en est de même pour l'opposition qui a également contribué à polariser l'opinion sur une base ethniste. L'absence de réformes
    administratives, notamment par le biais d'une décentralisation des pouvoirs, la déliquescence des institutions publiques, notamment de la justice, le délabrement moral lié à la pratique de l'impunité en faveur de ceux qui ont commis de grossières violations des droits de la
    personne, ont enraciné une situation de confrontation perçue comme une «lutte à finir» sans possibilité de compromis ni de négociation.

    La prochaine phase
    L’accord de paix devra déboucher, pour être durable, sur la constitution d’un nouveau gouvernement d’unité nationale qui devra répondre à cet urgent problème de la misère. Il devra aussi résoudre d'autres questions complexes, comme celle de la démobilisation prévisible d'une bonne partie de l'armée (20,000 hommes), et l'intégration au sein d'une armée nationale de composantes extérieures venues des forces rebelles. Cette recomposition de l'armée risque d'être très délicate.
    La société civile burundaise devra aussi jouer son rôle et promouvoir la paix, notamment via les campagnes de courageuses organisations de défense des droits, comme la Ligue ITEKA pour les droits de l’homme. Ces ONG cherchent à ressusciter certaines institutions traditionnelles de
    résolution des conflits, comme celles des «bashingantahe», ces anciens des villages qui réussissaient dans une période pas si lointaine à transcender les clivages politiques et ethniques et à agir en tant que médiateurs.
    Au-delà du conflit et de son éventuelle résolution à plus ou moins long terme, la stabilité du pays et la consolidation du processus de paix passe par une nouvelle dynamique régionale, dont la réhabilitation des institutions de coopération régionale comme la Communauté économique des pays des Grands Lacs (CEPGL). Au moment où la région est plus polarisée
    que jamais, cette perspective semble utopique. Mais de toute évidence, le Burundi ne pourra jamais solutionner ses problèmes politiques, sociaux et économiques de ses seules forces.
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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